Estelle Faye, autrice de romans d’Imaginaire
AUDIOVISUEL et LITTERATURE

Estelle Faye, autrice de romans d’Imaginaire

Quand on sort de l’IDHEC ou de la Fémis, on ne travaille pas toujours, ou pas seulement, dans le domaine qu’on a étudié. Parfois on ne travaille même pas du tout dans le cinéma, ou on a une seconde activité en dehors. 

Plusieurs anciens ont d’autres métiers artistiques : photographes, écrivains… On s’est demandé, pour ceux qui ont publié des livres de fictions, quels rapports il peut y avoir entre leur cursus dans l’école et leur écriture. Est-ce qu’avoir fait une école de cinéma aide à écrire de la fiction ? À l’écrire différemment ? 
De ces questions sont nés une petite série d’interviews d’anciens élèves sur ce thème. Après les interviews d’Arthur Cahn et de Sarah Turoche-Dromery, voici un portrait d’Estelle Faye, autrice de romans, issue de la promotion 2008 en scénario.

« Trouver ses propres méthodes, son propre chemin personnel »

Photo d'Estelle Faye : jeune femme d'une trentaine d'années, les cheveux bruns très courts, une mèche sur l'oeil droit, la peau très pâle, un grain de beauté près de l'oeil gauche.
Photo Fabien Legeron.

Estelle Faye est autrice[1] de romans d’Imaginaire (Fantasy, Science-Fiction, Fantastique…) et scénariste. Elle compte à son actif 11 romans (sans compter les rééditions en poche), la direction de deux anthologies, et a publié chez 6 éditeurs différents.

Dans l’enfance, elle développe ses capacités d’invention en racontant à son petit frère des histoires qu’elle invente. Elle ne s’imagine pas à l’époque écrivain, car elle en a l’image d’un métier pour personne solitaire et renfermée, ce qui ne correspond pas à son caractère. 

Alors qu’elle est étudiante en lettres, c’est son aussi frère qui l’incite à faire sa maîtrise et son DEA sur la Fantasy en France : elle perd un pari contre lui à la belote, sur le mode « Je sais que t’arriveras jamais à écrire sur la Fantasy à la Sorbonne ! ». Elle le fait. Avant la Fémis, elle joue aussi de petits rôles au théâtre et à la télévision, et elle monte une troupe de théâtre, ce qui lui permet de découvrir le plaisir qu’il y a à travailler en équipe.

Estelle dit être arrivée à la Fémis « un peu par hasard ». Quand elle entend parler de l’école, un de ses amis lui conseille de tenter le concours, en lui disant qu’elle n’aura qu’à « raconter des histoires. » Elle voit son travail de scénariste comme l’action de donner une forme à l’idée d’un réalisateur. Elle aime le cinéma de genre pour son côté populaire mais elle se rend compte pendant sa scolarité à la Fémis, où le genre est peu représenté, que ce type de film n’est pas facile à développer dans le cinéma français. 

Elle apprécie beaucoup l’aspect très concret et pratique de l’école, et est extrêmement reconnaissante à l’intervenant Olivier Lorelle qui lui a donné des bases qui lui servent encore aujourd’hui. L’école lui montre des manières différentes d’écrire, des techniques entre lesquelles elle peut « trianguler » pour trouver ses propres méthodes, son propre chemin personnel. Elle apprécie aussi que les intervenants venus du monde professionnel mettent les techniques d’écriture en regard de leur pratique, que ce ne soit pas seulement du « manuel d’écriture » mais avant tout des méthodes éprouvées.

La Fémis lui apprend aussi à présenter un projet. Elle trouve que c’est une des meilleures formations de France tout en n’étant pas une formation « littéraire traditionnelle ». 

Pendant qu’elle prépare les lectures de scénario à la Fémis (présentation des travaux de fin d’étude des scénaristes), elle ressent le besoin de faire autre chose. Elle repère un appel à texte des Éditions Calmann-Lévy concernant des nouvelles sur les dragons. Un directeur de la collection lit sa nouvelle, la rencontre et lui conseille d’écrire un roman. De là tout s’enchaine : elle rencontre d’autres éditeurs, évoque avec eux d’autres projets de romans, qui se concrétisent à leur tour ; certains reçoivent des prix littéraires..


Couverture de Hya, la loi des Oracles, I, chez Folio SF. Un femme rousse est agenouillée dans la pénombre, elle tient un bol doré d'où s'échappe de la lumière jaune.

 

Elle met dans ses romans ce qui était impossible à mettre dans des scénarios, notamment pour des questions de budget. Si elle a un caractère très indépendant, elle récuse l’image de l’auteur coupé du monde qui écrit du haut de sa tour d’ivoire. Elle apprécie en effet particulièrement  le rapport direct qu’on a avec le public dans ce domaine de la littérature : l’Imaginaire et la Fantasy intéressent peu les critiques littéraires traditionnels, mais il existe beaucoup de festivals où elle rencontre ses lecteurs ainsi que les blogueurs et blogueuses qui font connaître les livres. Estelle Faye apprécie beaucoup ce rapport direct avec ce public de passionnés. Elle y rencontre aussi d’autres auteurs et éditeurs. C’est d’ailleurs pour elle une des grandes qualités du milieu littéraire, dans les cultures de genre en France : ses éditeurs connaissent bien le lectorat et ce dont il a envie. 

L’imaginaire est aussi un milieu où la solidarité est forte : Estelle Faye a été conseillée par d’autres romanciers, notamment par l’auteur Xavier Mauméjean. En sortant de la Fémis, elle savait écrire une histoire, mais de manière « sèche », comme pour un scénario. Il l’a aidée à trouver sa « voix » littéraire. Elle coache maintenant de jeunes auteurs à qui elle cherche notamment à transmettre ce qu’elle appris à la Fémis. Il lui arrive aussi ponctuellement d’animer des ateliers où elle cherche à faire partager son expérience d’autrice.

Estelle Faye écrit aussi bien des romans pour les enfants que pour les adultes. Elle défend l’idée d’une littérature accessible,tout en sortant des clichés habituels. Lorsqu’elle écrit pour les enfants, elle cherche à ne pas « bêtifier » : les jeunes sont confrontés à la complexité de la vie, à des événements durs, elle ne veut pas leur peindre un monde idéal où tout serait rose, elle cherche aussi à ne pas les prendre de haut.

Depuis deux ans, être autrice est son activité principale. Cela reste assez précaire économiquement mais elle ne se lance jamais dans un projet sans qu’il soit « signé » au préalable. 

Estelle Faye a néanmoins tourné deux courts métrages depuis la fin de ses études, et scénarisé une bande-annonce pour un de ses romans. Elle aimerait tourner à nouveau, même si son activité littéraire est très chronophage (à certaines périodes, elle passe tous ses week-ends en festivals). Elle est un peu revenue au scénario en écrivant l’adaptation d’un de ses romans l’an dernier, lors d’une des résidences d’écriture So Film de genre. Elle aimerait profiter des deux univers : faire aussi bien du scénario que des romans, les deux en utilisant au maximum les spécificités de chaque médium, et pouvoir s’exprimer avec pertinence dans les deux. 

Couverture du livre Les Signeurs de Bohen aux Editions Critic. Dans des tons de vert, sur une mer déchainée, une femme en rouge se tient sur un rocher non loin d'un navire qui tangue.
Couverture Marc Simonetti

[1]Estelle Faye a choisi le mot « autrice » pour définir son travail, parce que contrairement à « auteure », on entend, lorsqu’on le prononce, qu’il est au féminin.

Site d’Estelle Faye : http://www.estellefaye.fr

Sonia Bogdanovsky