Perrine Rouillon, auteure de La Petite Personne
AUDIOVISUEL et LITTERATURE

Perrine Rouillon, auteure de La Petite Personne

Au sortir de l’IDHEC ou de la Fémis, on ne travaille pas toujours, ou pas seulement, dans le domaine étudié. Parfois on ne travaille même pas du tout dans le cinéma, ou on a une seconde activité en dehors. Plusieurs anciens ont d’autres métiers artistiques : photographes, écrivains… Nous nous sommes demandés, pour ceux qui ont publié des livres de fictions, quels rapports il peut y avoir entre leur cursus dans l’école et leur écriture.

Après l’interview d’Aurélien Manya, monteur et écrivain, et celle d’Olivier Demangel, auteur de deux romans et scénariste, voici le parcours de Perrine Rouillon, sortie de l’IDHEC en 1978, et auteure de La Petite Personne.

« Ce que je n’arrivais pas à dire est devenu un personnage. »
Perrine Rouillon

Perrine Rouillon a vécu son adolescence aux Etats-Unis et la liberté des années 1960 l’a beaucoup marquée. Elle est revenue vivre en France après 1968. Ce qui était très important pour elle à ce moment-là, c’était d’être dans le présent. Au lycée, elle aimait le français et la philosophie ; elle pensait dès la classe de cinquième devenir écrivain. Elle a fait une hypokhâgne, mais la découverte des films de Robert Bresson l’a amenée à penser que l’écriture moderne, celle de son temps, c’était le cinéma. Ça tombait bien : elle aimait les machines et la photo, et aussi diriger des gens. 

Perrine Rouillon a suivi des cours avec Iradj Azimi (lui aussi ancien de l’IDHEC, promotion 1966), elle dit que c’est lui qui lui a appris à regarder des films. Puis elle a passé trois fois le concours de l’IDHEC. Les deux premières, elle était admise à la seconde partie, où les candidats étaient logés tous ensemble. Ils devaient produire des photos, ou un scénario, un montage son, etc. Mais, incapable de se projeter dans le futur, voulant tellement être dans le présent, elle s’est retrouvée plus à aider les autres candidats qu’à préparer quelque chose pour elle-même. Elle raconte qu’elle faisait aussi des photos abstraites, des choses qui ne plaisaient pas trop au jury. À sa troisième tentative, à 27 ans, elle a compris qu’il fallait faire des choses un peu plus classiques, et elle est admise en Réalisation/Prise de vues.

À la sortie de l’IDHEC, elle a travaillé 12 ans comme cadreuse puis monteuse intermittente pour FR3 et Arte. Mais en fait, elle n’avait pas vraiment envie de travailler. Elle faisait ses heures quand elle en avait besoin, puis elle s’arrêtait ; à l’époque c’était possible. Elle raconte aussi qu’elle ne voulait pas réellement être cadreuse ou monteuse car elle avait peur d’être « transformée par un métier. » Perrine Rouillon a aussi animé des ateliers autour de ses livres d’écriture dessinée et monté les documentaires de son compagnon.

La Petite Personne est née à un moment où elle n’arrivait pas à écrire : elle a dessiné une spirale, une ponctuation… « Ce que je n’arrivais pas à dire est devenu un personnage. » Elle a montré ce personnage dessiné à des amis qui l’ont encouragée. Elle publie pour la première fois à la demande de Nancy Huston, un strip de La Petite Personne pour Histoires d’Elles, un magazine féministe « intime et politique » dont l’écrivaine est une cofondatrice. Perrine Rouillon a aussi écrit des critiques littéraires.

Après avoir été en contact avec un éditeur de livre pour enfants qui finalement ne la publie pas (il juge impossible de faire de noir et blanc pour les enfants), elle est finalement éditée par le Seuil qui a publié la plupart de ses livres.

Quand Le Seuil est racheté, son éditrice décide d’en partir. Ses nouveaux interlocuteurs lui tiennent un discours éloigné de la « politique d’auteur » que le Seuil avait jusqu’alors avec elle. Ils lui demandent quel public elle « cible », à combien elle vend… Alors elle quitte cet éditeur. Elle s’arrête assez longtemps,  huit ans, car elle « n’y arrive plus. » Elle a repris ces dernières années avec un jeune éditeur.

Le dernier livre de Perrine Rouillon

La Petite Personne, elle décrit cela comme simple et compliqué à la fois. L’histoire et les dessins sont très liés. C’est un travail plastique : « je suis perfectionniste, il n’y a par exemple que deux traits pour la main. » C’est aussi de la direction d’acteur : elle fait « du cinéma sur papier », elle cherche comment faire passer un texte avec ce personnage. 

Huit livres de La Petite Personne ont été publiés : cinq pour adultes, trois pour enfants. L’auteure voit cela comme « un peu de la BD, un peu de la poésie, un peu de la littérature… »  Elle travaille à un nouveau livre. Perrine Rouillon dit avoir « beaucoup glandé », et que c’est comme ça qu’elle s’est formée. Elle continue à le faire entre la fin d’un livre et le début du suivant.

Sonia Bogdanovsky
Illustrations extraites du travail de Perrine Rouillon.