Arthur Cahn, réalisateur et écrivain
AUDIOVISUEL et LITTERATURE

Arthur Cahn, réalisateur et écrivain

Quand on sort de l’IDHEC ou de la Fémis, on ne travaille pas toujours, ou pas seulement, dans le domaine qu’on a étudié. Parfois on ne travaille même pas du tout dans le cinéma, ou on a une seconde activité en dehors. 

Plusieurs anciens ont d’autres métiers artistiques : photographes, écrivains… On s’est demandé, pour ceux qui ont publié des livres de fictions, quels rapports il peut y avoir entre leur cursus dans l’école et leur écriture. Est-ce qu’avoir fait une école de cinéma aide à écrire de la fiction ? À l’écrire différemment ? 
Et être l’auteur de livres, est-ce que ça change la façon dont on travaille sur des images et des sons ? De ces questions sont nés une petite série d’interviews d’anciens élèves sur ce thème. Après le portrait de Perrine Rouillon et l’interview de Thomas Fecchio, voici celle d’Arthur Cahn, ancien de La Fémis (promo 2012, département réalisation), co-scénariste du film Assoiffés de Jérémie Elkaïm, et qui a publié un roman, Les vacances du petit Renard aux Éditions du Seuil. 

« En littérature, il suffit d’écrire »

Arthur Cahn
  • Quelles études as-tu faites et comment es-tu arrivé à la Fémis/l’IDHEC ? Dans quelle promo étais-tu ? Quels étaient tes projets professionnels quand tu y étudiais ?


J’ai d’abord fait Hypokhâgne et Khâgne, puis un an de licence en Lettres Modernes. Puis j’ai tenté une première fois le concours de La Fémis que je n’ai pas eu, mais je suis arrivé au dernier tour ce qui m’a encouragé. J’ai intégré une école qui s’appelle l’ESEC, mais dont le niveau me paraissait un peu faible, et enfin j’ai intégré la Fémis, promo 2012 en département réalisation, avec le but de devenir réalisateur.

  • Quelle est ton activité professionnelle principale aujourd’hui ?

Je ne saurais pas trop quoi répondre. A un diner si on me demande, je dis que je suis réalisateur et écrivain pour faire vite, et comme je suis un peu modeste tout de même, je précise que je n’ai pour le moment réalisé que des courts-métrages et publié un roman.Si je veux être plus exhaustif, je suis aussi scénariste de mes films mais aussi pour d’autres. J’ai co-écrit plusieurs courts et deux longs-métrages.

  • Quand as-tu commencé à écrire ? Et à quel moment t’est venue l’idée de publier ? Est-ce que ça a été simple ? Compliqué ?

J’ai toujours écrit, sauf peut-être pendant La Fémis justement où j’essayais de me concentrer sur le cinéma, enfin j’écrivais toujours mais que des scénarios.

J’ai d’abord essayé plusieurs fois de faire publier des textes en faisant des envois par la poste, ce qui n’était pas concluant. En 2012 j’ai gagné un concours d’écriture, mais je ne me suis pas entendu avec l’éditrice qui voulait publier mon texte. Enfin en 2016 j’ai écrit ce qui deviendrait mon premier roman, cette fois en sachant que ce serait le bon, que j’arriverai à être publié, j’en étais sûr. Je me suis alors dit que je ne voulais plus envoyer comme ça par la poste, mais adresser mon manuscrit à quelqu’un, je ne savais pas encore qui, et le hasard a merveilleusement fonctionné. En février 2017, j’ai remporté le prix de la presse à Clermont-Ferrand avec mon court-métrage Herculanum qui a ensuite été mis en ligne sur le site de Télérama. J’ai reçu quelques messages via Facebook de personnes qui l’avaient vu et voulaient me féliciter. Parmi eux, un poète belge que je ne connaissais pas. En parlant avec lui via le chat, je lui apprends que j’ai écrit un roman et que j’aimerais le voir publié et que je cherche donc des contacts dans ce milieu. Le poète m’a donné le nom d’un éditeur travaillant au Seuil. Je lui ai fait donc parvenir mon manuscrit et deux jours plus tard, j’ai eu un coup de téléphone : l’éditeur venait de terminer de lire le livre à l’instant et voulait me rencontrer. Et j’ai signé deux mois plus tard.

  • Combien de livres as-tu écrit/publiés ?

Un seul pour le moment : Les vacances du petit Renard, au Seuil donc.

Est-ce que tu dirais que tes études à la Fémis ou à l’IDHEC ont influé sur ton écriture ? Dans les sujets abordés ? La manière de construire un texte ? Par des choses que t’auraient dit certains intervenants durant tes études ? 

Pas pour les thèmes, ni les sujets, non. Plus que La Fémis, le cinéma en général a certainement une influence, les films font preuve d’une vraie économie de leur récit, rien n’est gratuit, il y a peu de digression. Ce n’est pas quelque chose que je m’interdis en littérature, mais certainement que j’en garde quelque chose, l’idée d’un montage dans le texte même : comment entrer dans une scène, comment la finir.

  • Et ta pratique en tant que scénariste / réalisateur, est-ce qu’elle influe aussi sur ce que tu écris ?

Oui au même niveau d’une économie.

  • Est-ce que ton travail d’écrivain influe, à l’inverse, sur ta manière de travailler en tant que scénariste/réalisateur ?

Oui aussi quelque part, parfois je vais mettre un peu de soin dans mes descriptions. J’essaye de rendre cela agréable à lire. Cela ne va pas plus loin. D’autant que je me suis rendu compte qu’il y a une défiance vis à vis des belles phrases dans les scénarios.


  • À l’avenir, comment souhaites-tu continuer professionnellement ? Est-ce que tu aimerais uniquement écrire ? Ou surtout travailler dans le cinéma ou l’audio-visuel ?

J’aimerais continuer à explorer les deux domaines. Le cinéma est juste un monde et un métier en réalité beaucoup plus durs. Un scénario va être lu et commenté par des tas de personnes, des jurys, financiers, il faut attendre une éternité pour avoir une réponse d’une subvention… Il faut plaire au CNC, aux télés, avoir un acteur ou une actrice sur lequel monter le film. Aussi tous ces jurys vont se contredire, souvent ils veulent lisser ce qui fait la singularité d’un projet, etc. Il y a beaucoup d’étapes qui vous empêchent d’avoir accès à votre art.

En littérature, il suffit d’écrire.

  • Voudrais-tu ajouter quelque chose ?

Aussi le cinéma est plus frileux peut-être ou du moins, j’ai dû faire face à un certain puritanisme, qui tiens aussi au fait qu’un lecteur de scénario va projeter ses propres images sur le scripte et parfois le rendre plus sulfureux qu’il ne l’est ou ne va pas savoir déceler la pudeur ou la poésie que vous comptez mettre dans votre mise en scène, malgré la note d’intention. Ainsi cette année, je suis allé en plénière à l’avance sur recette avec un projet de long métrage qui a déjà reçu l’aide à l’écriture, au développement, qui fait les ateliers d’Angers, etc. et deux membres du jury ont été choqués que l’héroïne de 17 ans couche volontairement avec un homme plus âgé et ne comprenaient pas que le film ne pointe pas un doigt accusateur sur cette relation sexuelle pourtant consentante et désirée.

À l’inverse, mon premier roman parle d’un garçon de 14 ans amoureux d’un homme de 45 ans, et cela n’a posé aucun problème ni à ma maison d’édition, ni aux libraires, ni aux lecteurs qui se sont montrés moins puritains et censeurs que le jury du CNC.

Propos recueillis par Sonia Bogdanovsky