Aurélien Manya, monteur et écrivain
AUDIOVISUEL et LITTERATURE

Aurélien Manya, monteur et écrivain

Au sortir de l’IDHEC ou de la Fémis, on ne travaille pas toujours, ou pas seulement, dans le domaine étudié. Parfois on ne travaille même pas du tout dans le cinéma, ou on a une seconde activité en dehors. 

Plusieurs anciens ont d’autres métiers artistiques : photographes, écrivains… Nous nous sommes demandés, pour ceux qui ont publié des livres de fictions, quels rapports il peut y avoir entre leur cursus dans l’école et leur écriture. Est-ce qu’avoir fait une école de cinéma aide à écrire de la fiction ? À l’écrire différemment ? Et être l’auteur de livres, est-ce que ça change la façon dont on travaille sur des images et des sons ? De ces questions sont nés une petite série d’interviews d’anciens élèves sur ce thème. Voici l’interview d’Aurélien Manya, monteur, diplômé  de La Fémis (promo 2007, département montage) qui a publié deux romans aux Éditions Gallimard.

 

« Quand j’écris, je construis des images dans ma tête, 
puis je leur donne un souffle, une couleur, un rythme. »
Aurélien Manya, monteur et écrivain.

  • Quelles études as-tu faites et comment es-tu arrivé à la Fémis/l’IDHEC ? Dans quelle promo étais-tu ?  Quels étaient tes projets professionnels quand tu y étudiais ?

Après le bac, je suis parti à Nantes pour étudier à Ciné-Sup. Je suis ensuite venu à Paris où j’ai passé une licence et une maîtrise cinéma à l’université Paris 8, avant d’intégrer la Femis en 2003 (département montage). Quand j’étais à la Femis, j’ai beaucoup travaillé avec la réalisatrice Maëva Poli. Parmi les intervenants qui m’ont marqué, il y a eu Tony Gatlif, Hélène Viard, Mathilde Muyard, Guy Lecorne. 

  • Quelle est ton activité professionnelle principale aujourd’hui ?

Le montage de films, sur des projets documentaires et fictions. 

  • Quand as-tu commencé à écrire ? Et à quel moment t’est venue l’idée de publier ? Est-ce que ça a été simple ? Compliqué ?

J’ai commencé à écrire mon premier roman dans les derniers mois de ma scolarité à la Femis. J’avais une idée de roman depuis plusieurs mois et, au début de l’année 2017, alors que j’étais en train de réaliser mon film de fin d’études à Cuba, j’ai entamé son écriture, Le Temps d’arriver. Jusque-là mon expérience de l’écriture n’était liée qu’aux récits de voyages. Quelques mois plus tard, j’ai commencé à travailler en tant que monteur. Mais l’écriture à très rapidement trouvé sa place : j’ai utilisé le temps que j’avais entre deux films pour poursuivre l’écriture de mon roman. Ça m’a pris du temps, mais en 2012 je me suis décidé à envoyer mon texte à des éditeurs. Je l’ai envoyé à Ludovic Escande, éditeur chez Gallimard, car j’aimais la collection qu’il dirigeait (l’Arpenteur) et les textes qu’il y publiait. Il a aimé mon texte, mais il y avait encore beaucoup de travail : il m’a donc proposé de le travailler en profondeur avec lui. J’ai été assez à l’aise avec ça, car j’ai retrouvé ce travail de collaboration réalisateur/monteur. Au terme de cet intense travail de réécriture, mon roman était beaucoup mieux que la première version que je lui avais envoyé, et il me ressemblait beaucoup plus : mon livre avait connu la même évolution qu’un film en montage ! Le livre est sorti en 2013. 

  • Combien de livres as-tu écrit/publiés ?

Alors que j’étais en train de terminer Le Temps d’arriver, j’ai écrit un recueil de nouvelles. Mais je me suis retrouvé face à la difficulté de publier des nouvelles en France… Alors je me suis lancé dans l’écriture d’un deuxième roman, Avec le feu, qui est sorti en 2018, toujours chez l’Arpenteur/Gallimard.

  • Est-ce que tu dirais que tes études à la Fémis ou à l’IDHEC ont influé sur ton écriture ? Dans les sujets abordés ? La manière de construire un texte ? Par des choses que t’auraient dit certains intervenants durant tes études ? 

C’est difficile à dire, mais ce dont je suis certain c’est que la pratique du montage m’a appris à construire un récit. Et m’a décomplexé. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire, sans vraiment oser me l’avouer, et ce n’est pas un hasard si j’ai « osé » me lancer dans les derniers mois de ma scolarité. 

  • Et ta pratique en tant que technicien, est-ce qu’elle influe aussi sur ce que tu écris ?

Enormément. En montage on travaille beaucoup sur la construction dramatique, sur l’évolution de personnages, sur le rythme… des choses qui ont beaucoup à voir avec la construction romanesque ! Quand j’écris, je construis des images dans ma tête, puis je leur donne un souffle, une couleur, un rythme.Pour moi l’écriture et le montage sont extrêmement proches. Je commence d’ailleurs un montage et un roman de la même manière : j’essaie d’arriver très rapidement à des premières versions, pour ensuite y revenir et les travailler de l’intérieur. 

  • Est-ce que ton travail d’écrivain influe, à l’inverse, sur ta manière de travailler en tant que technicien ?

Dans ce sens là c’est plus complexe. C’est plus difficile à identifier je trouve. Mais inconsciemment, je pense que le fait de construire des romans m’aide à construire un montage. Surtout en documentaire, où notre rôle de monteur est primordial dans la construction du récit. Et je crois que c’est quelque chose que les réalisateurs apprécient : d’avoir un interlocuteur en montage qui a aussi cette expérience de la construction romanesque. 

  • À l’avenir, comment souhaites-tu continuer professionnellement ? Est-ce que tu aimerais uniquement écrire ? Ou surtout travailler dans le cinéma ou l’audio-visuel ?

Je souhaite continuer à travailler sur mon rythme actuel : consacrer les 2/3 de mon année au montage, et 1/3 à l’écriture. 

Propos recueillis par Sonia Bogdanovsky