Décès de Patrick BARBERIS – 29 novembre 2018
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Décès de Patrick BARBERIS – 29 novembre 2018

Né à Boulogne-Billancourt, le 5 avril 1951, Patrick BARBERIS passe une partie de son enfance au Liban. Il fait des études en France au Lycée Henri-IV et intègre l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC) en section réalisation-montage – 29e Promotion. Après l’IDHEC, lauréat de la Villa Médicis hors les murs, il devient assistant de réalisation sur des films de fictions puis se dirige ensuite vers le film documentaire. Il livre d’abord au cinéma plusieurs court-métrages sur l’art et sur des artistes peintres, mettant à profit son goût pour la peinture, puis un long-métrage, et se tourne ensuite vers la télévision. Il collabore à TF1 de 1983 à 1986 en devenant le concepteur des Nuit de TF1 et des archéo-clips montage de chansons sur des archives diffusés dans le métro parisien. Son goût pour les archives l’amène à réaliser la série La mémoire en chantant. Il réalise ensuite une trentaine de documentaires pour les chaînes francophones, qui explorent les destins politiques, les grands phénomènes de société ou géopolitiques avec un éclairage particulier sur les représentations du communisme, de la colonisation, ou de la guerre et de la relation d’hommes et de femmes d’exception avec la nation.
Il a été inhumé mercredi 5 décembre, à 10 h 30 au Crématorium du Père Lachaise.

A cette occasion, Alain Lasfargues, ancien condisciple de la 28e promotion de l’IDHEC lui a adresse la lettre suivante :

Mon cher Patrick,

Comme tu as eu la chance (ou la malchance…) d’avoir des parents communistes, tu en as hérité une extraordinaire capacité dialectique à savoir convaincre les chaines de mettre en chantier des documentaires difficiles,  formidables et à nuls autres pareils.

En 1982, tu avais imaginé « Un voyage de rose », portrait de Rose Zehner, militante syndicale propulsée à une certaine célébrité par la grâce d’une photo de Willy Ronis prise pendant les grèves de 1938. 

Quarante-trois ans plus tard, tu avais organisé leurs retrouvailles avec d’autres militants pour un banquet, façon Julien Duvivier, dans un troquet du 15ème arrondissement. 

Pour filmer le tout tu avais rassemblé une improbable équipe de techniciens de la même génération : Raymond Picon-Borel 75 ans à la direction photo et Louis Cochet 76 ans comme chef électricien. 

Mais comme tu avais aussi réussi à convaincre je ne sais qui de tourner en 35 mm, il t’avait fallu deux jeunes cadreurs pour tenir les deux très lourdes caméras Arri 35 avec magasins de 300 m. L’auteur de ces lignes en cadrait une et Eric Pittard qui était à ta place ici même l’année dernière une autre. 

Le banquet commence avec les deux caméras virevoltant autour des convives. Pas mal mais un peu froid jusqu’à ce que tout soudain le patron du troquet annonce « quelqu’un vient d’appeler : il y a une bombe sous la banquette ». Panique et excitation générale. 

On trouve effectivement un paquet suspect que Louis Cochet, ancien résistant, porte à son oreille avant que d’annoncer « ce n’est pas une bombe :  ça ne fait pas tictac ». On lui explique qu’en 1982 la technique a fait quelques progrès et que donc l’absence de tictac n’est plus une preuve. 

Tout le monde évacue le restaurant et le tournage se poursuit sur le trottoir. L’adrénaline coule à flots. Les langues se délient. Tout d’un coup ce n’est plus un banquet de vieux militants mais une aventure collective.

Finalement, la bombe s’avèrera bidon. Etrangement, elle était faite d’un assemblage de cales sifflets comme celles utilisées pour installer les travellings…

Mon cher Patrick, ça fait 36 ans que je te soupçonne d’être celui qui a mis cette fausse bombe. Pendant, tout ce temps au moins deux fois par an j’ai essayé de t’arracher un aveu. J’ai tout tenté : la menace, le ton mielleux, le chantage affectif. Rien n’y a fait, tu n’as jamais baissé la garde. D’où mon immense tristesse aujourd’hui de devoir à jamais demeurer dans l’incertitude… 

Par contre, sache que je culpabilise de l’affaire suivante.

Il y a vingt ans, nous avons réalisé ensemble pour FR3 un docu de 52 minutes sur l’aigle chauve américain. C’était une commande que tu n’avais pas le temps de faire. Tu m’as donc proposé de coréaliser. J’assurais sans toi le tournage aux USA tandis que tu te chargeais seul du montage. 

Tout aurait pu rouler nickel si tu n’avais omis de prévenir la production de cet arrangement.  

Du coup, à chaque fois qu’ils appelaient au fin fond de l’Oregon ou du Nord Dakota pour s’enquérir des progrès du tournage, ils avaient la malchance que tu sois toujours au Mac Do ou à la piscine. Ce tournage fut donc comme une pièce de Feydeau avec les portes qui claquent mais au lieu de « ciel mon mari ! » c’était « ciel mon producteur ! ».

Nous avons fini par être démasqués mais tu as été le seul puni. 

En effet, tandis que j’avais eu les couchers de soleil somptueux sur les montagnes de l’Ouest américain, tu t’es tapé le montage à FR3 Lyon c’est-à-dire que tous les soirs  pendant six semaines tu t’es retrouvé à 17h00 tapantes seul sur la longue dalle pluvieuse de la Part Dieu à te demander ce que tu allais bien pouvoir faire de ta longue soirée à l’hôtel Ibis donnant sur les voies… 

En tous les cas, sache que te connaitre fut un plaisir et comme le dit le petit garçon des contrebandiers de MoonFleet une « expérience profitable ». 

Patrick, tu étais, pour reprendre Aragon, de ceux qui n’y croyaient pas mais si, par hasard, c’est ceux qui y croyaient qui ont vu juste, je t’imagine assez bien à l’instant présent commençant là-haut l’une de ces conférences politiques compliquées dont tu avais le secret. 

Attends encore un peu et nous serons bientôt tous là pour te donner la réplique…